mercredi, 29 avril 2015 06:27

Livre: Un point sur l’habiter. Heidegger, et après…

Thierry Paquot, Michel Lussault, Chris Younès (dir.), Habiter, le propre de l’humain. Villes, territoires et philosophie, 2007.

Annabelle Morel-Brochet L’objectif de cet ouvrage est d’engager un dialogue entre les disciplines qui se saisissent du terme habiter. Il fait suite au colloque « Habiter » qui s’est déroulé les 11 et 12 mai 2006 à l’Institut d’Urbanisme de Paris, à l’initiative de Thierry Paquot, Michel Lussault, Chris Younès et André Sauvage.Dans ce champ, les chercheurs sont nombreux à mobiliser les textes de Martin Heidegger et donc à reconnaître à la philosophie la paternité de la notion. Néanmoins, deux éléments rendent le dialogue interdisciplinaire particulièrement nécessaire. D’une part, les acceptions disciplinaires diffèrent, sans être toujours bien arrêtées. D’autre part, le maniement des références phénoménologiques n’est pas toujours aisé ni réussi. Aussi le projet du livre est-il celui d’une « mise au point conceptuelle » réunissant la philosophie, la sociologie, la géographie, l’anthropologie, l’architecture et l’urbanisme.

La multiplication des usages et des réflexions autour de la notion d’« habiter » témoigne d’un intérêt accru pour la problématique contemporaine de l’habitation urbaine et terrestre : ses modalités, ses significations, sa diversité, ses conséquences sociales, sa soutenabilité. On pourrait d’ailleurs s’interroger sur ce succès : n’est-il pas le signe, à l’échelle de la communauté scientifique, d’un déficit d’outils conceptuels pour penser et rendre compte de la relation de l’homme à l’espace ? Quoi qu’il en soit, habiter est ici explicitement mobilisé en liaison avec la « condition urbaine » et dans la perspective de déployer une « éthique de l’espace ».

L’ouvrage comprend deux parties. L’une est consacrée à « ce qu’habiter peut bien vouloir dire » et propose des réflexions étymologiques et théoriques sur le sens et les limites de la notion. Beaucoup prennent leurs distances avec la conception heideggérienne d’habiter, pour tenter d’appréhender plus complètement le contemporain et notamment la mobilité. La seconde partie propose une série d’études de cas qui reflètent la diversité des problématiques questionnant l’habiter et les manières de s’en saisir. Elle a pour tâche d’illustrer qu’« habiter n’est pas si simple » qu’il y paraît (p. 15), pas si simple car on habite au-delà des murs du logement, qu’il peut être difficile d’habiter (avec l’espace ou avec les autres), que le terme habiter enfin renvoie à des dimensions à la fois intimes, sociales et physiques.

Informations supplémentaires